Royal Golf Club du Sart Tilman

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Greenkeeping

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Greenkeeping

Chers membres, Chers visiteurs,
A l’heure ou de plus en plus de pesticides sont bannis ou en voie de l’être, à l’heure où les golfs sont montrés du doigt pour non respect de l’environnement, qu’en est il exactement de la situation et du mode de gestion sur notre parcours?
Je vous invite à prendre connaissance des actions que nous entreprenons depuis des années et que nous tentons d’améliorer jour après jour par le biais de l’Integrated Pest Management (IPM), en français, Gestion des Parasites Intégrées.
  Il s’agit d’un programme de gestion des parasites du gazon qui met en œuvre tous les moyens que nous avons à notre disposition pour lutter efficacement et de manière réfléchie contre les organismes (champignons microscopiques, bactéries, larves d’insectes,…) qui affaiblissent ou tuent le gazon.  
Voici plus de 20 ans que j’ai mis en place ce programme au Royal Golf Club du Sart-Tilman. Nous étions bien entendu les premiers en Belgique (en Europe ?) à utiliser ces techniques et depuis nous restons la véritable référence en la matière.  
Le but : C’est d’être le plus efficace possible pour éviter (préventif) ou enrayer (curatif) un processus de dégradation du gazon par des parasites tout en essayant de ne pas avoir recours systématiquement aux pesticides de synthèse (produits phytopharmaceutiques).
Le « décor » :
Avant toute chose il faut se rendre compte que dans son développement naturel, la graminée utilisée sur les greens est une plante d’environ 25 cm de haut et que sa surface foliaire est 1,5 million de fois plus importante que celle de la petite plante tondue à 3 mm… Cela représente un stress énorme pour la plante puisqu’elle doit se passer de nutrition organique (photosynthèse) et se contenter uniquement de nutrition minérale via les racines. Mais justement toutes les contraintes physiques sur un green (passage des machines et des joueurs contribuent à compacter le sol et empêcher le développement racinaire. Comme vous le comprenez les racines sont le capital santé du gazon et leur développement n’est pas possible sans les aérations répétées.
 Les moyens :
  • l’IPM n’est pas envisageable sans avoir une connaissance pointue du cycle biologique du parasite à combattre. Cela fait donc appel à une étude approfondie au niveau agronomique.
  • Les moyens mécaniques tels que l’élimination de la rosée pour assécher plus rapidement le feuillage, le contrôle de l’excès de densité du feuillage (par verticut ou groomers), l’élimination du feutre (accumulation de matière organique sous jacente au gazon véritable réservoir à maladies) par carottage, le contrôle de la végétation périphérique de façon à favoriser la circulation de l’air et la pénétration de la lumière,…
  • Les moyens biologiques tels que l’utilisation d’auxiliaires (bactéries, nématodes, champignons antagonistes,…) qui vont prendre la place ou détruire les parasites. A titre d’exemple des bactéries vont se multiplier tellement fort (et nous les aidons !) qu’elles ne laisseront plus suffisamment d’espace vital aux spores de certains champignons parasites enrayant ainsi leur cycle de développement. Nous implantons des nématodes (vers microscopiques) à certaines périodes de l’année (connaissance du cycle) pour combattre les larves de tipules = grand moustique « cousin ». Ces nématodes se développent dans le tube digestif des larves qui ne peuvent plus s’alimenter.
  • Les moyens agronomiques tels que l’implantation de graminées résistantes aux maladies mais aussi à la tonte courte. L’incorporation d’amendements spécifiques de manière à améliorer la structure du sol (sable et lave incorporés lors des opérations de carottage). Les analyses de sol et de feuillage en laboratoire font également partie de nos moyens de contrôle et nous y avons recours plusieurs fois par an.
  • Les moyens culturaux en orientant la fertilisation au cours des saisons et de façon raisonnée. L’arrosage manuel de manière à éviter le flétrissement du gazon et l’apparition subséquente de pathogènes.
  • Les moyens chimiques en utilisant des molécules de synthèse (pesticides) bien ciblées. Les produits agréés à la disposition des golfs sont de moins en moins nombreux (30 fongicides il y a 20 ans et plus que 3 autorisés actuellement).
 Les résultats :
  • Depuis 5 ans nous arrivons à supplanter une graminée parasite très sensible « à tout » (le Poa annua ou pâturin annuel) en incorporant des graminées résistantes à la tonte courte et à la plupart des maladies. Le succès est très variable d’un green à l’autre et est directement lié au taux d’ensoleillement. Nous arrivons à près de 80 % de colonisation sur des greens comme le 12 et à peine 20 % sur le green 7. Raison pour laquelle le 7 a été attaqué par une maladie l’hiver 2014-2015. Principalement côté droit, en pleine ombre. Suite aux abattages pratiqués à proximité de ce green nous n’avons presque plus d’attaques de maladies sur ce green. Nous n’avons pas manqué de mettre en évidence les limites de cette technique de gestion durable auprès des responsables des parcelles boisées de l’université. C’est avec eux que nous avons mis au point, depuis plusieurs années déjà, un plan d’abattage en vue de favoriser la pénétration de lumière (et d’air) sur certains greens prioritaires. De nouvelles coupes auront lieu chaque hiver.
  • En 15 ans nous avons pu réduire nos apports d’engrais de près de 50 %. Principalement en période de croissance nous avons recours à des fertilisations liquides (par pulvérisation – donc pulvérisation n’est pas synonyme d’emploi de pesticides) lesquels pénètrent directement dans le feuillage et permettent de limiter les pertes par lessivage (pollution de la nappe aquifère). Pour les mêmes raisons, lorsque la plante n’a pas ou que très peu de croissance, nous utilisons des engrais solides (granulés) à libération lente.
  • Nous avons considérablement diminué nos besoins en arrosage en améliorant la structure du sol (ah ces fameux carottages et sablages !) et dès lors en obtenant un enracinement beaucoup plus développé. Ce meilleur enracinement contribue aussi à mieux utiliser les éléments nutritifs du sol et de diminuer les apports d’engrais.
  • L’utilisation des auxiliaires biologiques nous a permis de réduire considérablement l’emploi des pesticides. En ce qui concerne les fongicides (pour tuer les champignons) nous avons diminué nos besoins de plus de 300 %. Il y a 30 ans lorsque j’ai commencé à m’occuper du terrain il y avait entre 20 et 30 pulvérisations de fongicide par an. Les plantes n’avaient plus aucune résistance et les maladies en avaient de plus en plus. Aujourd’hui je ne suis pas peu fier de vous annoncer que nous n’avons pas encore utilisé de fongicide cette année… Bien évidemment les facteurs climatiques ont une influence et il est plus facile de gérer les parasites lorsqu’il fait sec qu’au cours d’une longue période de pluie. En ce qui concerne les insecticides nous essayons de ne plus utiliser de produits chimiques car ce sont les plus dangereux. Comme je vous l’ai expliqué avec les nématodes, nous n’avons que certaines périodes de l’année au cours desquelles les traitements biologiques sont efficaces. Nous devons dès lors accepter – comme au cours de l’hiver 2014-2015  – d’avoir des dégâts sur les greens (cette multitude de petits trous à la surface comme si nous avions effectué une aération – les larves remontent à la surface la nuit et mangent le gazon) car les températures sont trop basses pour que les nématodes restent vivants. La technique a donc ses limites comme vous le constatez et nous n’arrivons pas à tout contrôler.
  Conclusions :
Pour les cultures vivrières ou le gazon, le « tout biologique » est une utopie. Pour le moment en tout cas. L’agronome est un ingénieur du vivant et il se doit de tout mettre en œuvre pour donner à la plante (la culture) le meilleur confort tout en veillant à ne pas trop altérer son environnement. Comme vous voyez, dans votre club, nous veillons depuis des années à pratiquer cette culture raisonnée. Les résultats sont très encourageants et ce qui est passionnant c’est que nous sommes perpétuellement à la recherche de nouvelles solutions durables. Nous en sommes fiers et cela procure de grandes motivations. Mais quel avantage pour le golfeur ? Jouer sur un terrain « propre » d’une part mais aussi d’autre part de pouvoir disposer des greens les plus rapides tout simplement parce que les herbes y sont en bonne santé et donc beaucoup plus résistantes. Nous sommes en présence de matériel vivant et avec le vivant on ne triche pas…  
Remarques :
  1. vous aurez compris que lorsque vous voyez le pulvérisateur en action il s’agit principalement de fertilisation ou de traitements biologiques. Minoritairement de pesticides.
  2. Les « petites bêtes » (bactéries, champignons microscopiques, nématodes) que nous utilisons n’ont aucun effet sur les animaux à sang chaud (que nous sommes ;)). La plupart sont par ailleurs très rapidement détruits par les ultra violets du soleil, raison pour laquelle ces traitements se font par temps de pluie ou sont suivis d’un arrosage pour que les micro-organismes pénètrent rapidement dans le sol.
  3. Le seul véritable écueil à propos duquel nous n’avons aucune possibilité de traitement raisonnée est l’élimination des mauvaises herbes ou les actions herbicides tout simplement.
   Je vous remercie pour votre attention pour ceux qui ont eu le courage de me lire jusqu’au bout. Je reste à la disposition de celles et ceux qui souhaitent un complément d’information à propos de cette « face cachée » de la gestion de notre club.                                                                                                       
Michel PONCELET  
Directeur