Histoire
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Un bijou signé
Tom Simpson
Dessiné par le remarquable architecte britannique Tom
Simpson en 1939, le parcours du Sart-Tilman, à Liège,
est une véritable référence dans le paysage golfique belge
avec, notamment, des greens d’une rare qualité. Histoire
d’un club très bien sous tout rapport !
Par Miguel Tasso - 2006
De tous les parcours belges que Tom
Simpson a dessiné, c’est peut-être
celui du Sart-Tilman, officiellement
inauguré en 1939, dont il était le
plus fier. Le parcours liégeois est, il est vrai, une
pure merveille. C’est d’autant plus remarquable
que le célèbre architecte britannique, également
auteur des parcours de Spa et du Ravenstein, a dû
composer avec un environnement naturel hostile
et composer avec un budget limité.
Au prix d’un
déboisement de près de vingt hectares d’arbres,
du retrait de quatorze mille souches et de l’apport
de cinq mille mètres cubes de terre, le défi fut
néanmoins relevé. Et de quelle façon…
La création d’un golf dans la Cité Ardente
répondait, en vérité, à une réelle demande. La
plupart des grandes provinces belges comptaient,à cette époque, un parcours de qualité : l’Antwerp à Kapellen, Le Zoute et Ostende près de la mer
du Nord, le Ravenstein à Bruxelles, Château
d’Ardenne à Houyet et les Fagnes à Spa.
C’est
le succès du golf spadois, terminé en 1930, qui
accéléra d’ailleurs la naissance du golf liégeois !
A l’époque, dans la haute société liégeoise, c’était
surtout le tennis qui occupait les loisirs des sportifs
du dimanche. Le Tennis Club de Liège avait ainsi
installé ses courts à Angleur, sur le flanc boisé de
la colline du Sart-Tilman. Un endroit de rêve dans
un écrin de verdure. C’est là, sur la terrasse de ce
club, que quelques membres se mettent en tête
de créer un parcours de golf, histoire de varier les
plaisirs et d’échanger le smash pour le drive…
Ainsi dit, ainsi fait ! Assez apidement, six trous sont
construits le long de la route de la Belle Jardinière à Angleur, puis trois autres aux « Carpathes », près
d’un piton rocheux surplombant l’Ourthe. Une
centaine de joueurs, passionnés, peuvent ainsi
s’adonner aux joies du swing. Mais, aux yeux de
tous, il s’agit d’infrastructures très provisoires.
A l’initiative de Jacques Prion, premier président et
véritable locomotive du club, et de Julien Rasquinet,
de nouvelles terres sont louées, non loin de là, à la
société immobilière Bernheim. Dans la foulée, une
coopérative à finalité sociale, composée de 400
parts de 5000 francs, est établie. Le Golf Club du
Sart-Tilman est en marche…
La griffe de l’architecte.
En faisant appel à Tom Simpson pour régenter
les grandes manoeuvres et dessiner le nouveau
parcours, la coopérative fait preuve d’une belle intuition. Simpson, architecte de génie, est au
sommet de son art.
Il vient notamment de signer
les parcours de Chiberta à St-Jean de Luz et de
Spa. Et il va faire du Sart-Tilman, avec un budget
pourtant limité, un véritable petit joyau.
Fidèle à ses grands concepts, Simpson dessine,
de son crayon magique, deux boucles de neuf
trous qui reviennent, chacune, vers le Club
House. L’architecte anglais se laisse guider par
son inspirations, multiplie les « doglegs », compose
avec la nature et joue avec les arbres. Faute de
moyens nécessaires, il ne peut combler tous ses
désirs mais le résultat final n’en reste pas moins
exceptionnel.
Lorsque, le 10 juin 1939, Denise de
Thomas de Bossierre, championne de Belgique en
titre, frappe la première balle sous le regard de
Edmond Solvay, alors président de la Fédération
Belge, le Golf Club du Sart-Tilman n’a rien à envier
aux autres grands clubs du Royaume…
Le premier Club House n’a pas grande allure : il
s’agit de l’ancienne « cabane » du club de tennis.
Mais dès 1939, l’architecte Fraikin est appelé à la
rescousse pour ériger un Club House plus moderne
et confortable, inspiré de celui d’Eindhoven.
Dans leur livre sur les golfs royaux de Belgique,
le regretté Dominique Gendebien et Vincent
Borremans nous apprennent qu’en 1939, les droits
d’entrée s’élevaient à 1000 francs pour un membre
adulte, 250 francs pour les 18-21 ans et étaient
gratuits pour les moins de dix-huit ans.
La deuxième Guerre Mondiale bouleverse évidemment le développement du club liégeois.
A peine né et celui-ci est déjà freiné dans sonélan. Dès le mois de septembre 1939, le parcours
est occupé par l’armée allemande. Neuf trous
sont même réquisitionnés pour la culture des
incontournables « kartoffeln », les pommes de
terres ! Durant cette période, seuls quelques
mordus, qui n’hésitent pas à grimper jusqu’au
terrain à vélo, pratiquent encore le golf sur les
quelques trous laissés libre par l’occupant.
Au sortir de la guerre, l’heure est au constat :
plusieurs bombes ont endommagé le parcours,
de nombreux trous sont impraticables et le Club
House est également démoli ! L’armée américaine
aidera heureusement à la reconstruction grâce à
un bon « deal » signé avec les dirigeants du club :
en échange de leur aide, les soldats US bénéficient de la gratuité pour assouvir leur appétit de swing !
Quelques dizaines de prisonniers allemands,
détenus à Awans, participeront également,
contraints et forcés, à la renaissance du club !
Le souvenir de Lee Trevino
Rapidement, le parcours retrouve heureusement
ses couleurs originelles. Dès 1946, six trous sont
remis en état et l’année suivante, ce sont les dix-huit
trous qui sont, derechef, proposés aux deux
cent membres du club.. Le parcours – à l’époque
un par 71 de 6174 mètres - peut enfin grandir sans
soucis majeurs. Reconnu et apprécié par tous les
connaisseurs, il accueille régulièrement de belles
compétitions nationales et voit progressivement
son nombre de membres augmenter. Le club,
devenu Royal en 1962, aura l’occasion d’acheter
définitivement les terres un peu plus tard mais son
conseil d’administration ne prit pas les risque, quitteà s’en mordre les doigts un peu plus tard. C’est
l’Université de Liège qui, finalement, rachètera le
domaine en 1963. Elle est toujours actuellement
propriétaire des lieux. Les membres qui possèdent
une part du club – devenue obligatoire – gèrent également, via la coopérative, la bonne marche
du club.
Les « Golden sixties » sont riches en événements.
On swingue au Sart-Tilman, au propre comme au
figuré grâce notamment à l’essor de la sidérurgie!
Le « Tournoi de la Métallurgie du Marché Commun »,
créé à l’initiative d’Alec de Posson, connaît un
grand succès d’estime, notamment auprès des
joueurs étrangers. Et les plus anciens membres ont
encore sûrement en mémoire le passage au club,
lors d’un clinic, du célèbre Lee Trevino (photo 1, photo 2), l’un des
plus célèbres joueurs professionnels américains.
Un grand moment…
Aujourd’hui, le Royal Golf Club du Sart-Tilman,
présidé par Lothar Knauf, reste l’un des plus beaux
clubs du pays.
D’apparence plutôt classique, le parcours, dessiné
au milieu des pins, des hêtres et des bouleaux,
recèle une collection de pièges. Mais il reste
toujours « fair ». Qu’on se le dise : ses greens
rapides, ondulés et diaboliques sont parmi les
plus redoutables de Belgique. Le visiteur aura tout
intérêt, dès lors, à bien étudier l’emplacement des
drapeaux et à ne pas prendre de risques inutiles. dans ses approches sous peine de sanction
immédiate sur la carte. Et même les meilleurs
joueurs devront souvent se contenter de trois
putts…
« Il s’agit de greens en terre qui n’ont, en soi, guèreévolué depuis l’origine. Le dessin, les pentes et les
ondulations sont les mêmes qu’à la création du
parcours. On y trouve tout le génie de Tom Simpson.
Nous avons, en revanche, favorisé leur rapidité
grâce à un soigneux carottage et à des sablages
minutieux. Nous continuons également à utiliser
des petites tondeuses : c’est davantage de main
d’oeuvre mais c’est aussi un meilleur résultat. Mais
la recette de nos greens, c’est un peu mon jardin
secret » explique Michel Poncelet, directeur du club
et éminent spécialiste dans l’art du greenkeeping
en sa qualité d’ingénieur agronome.
Mais le Sart-Tilman, c’est aussi quelques terribles
par 4 (les trous n°5 et 11, notamment), de superbes
par 3 (le trou n°2 donne d’entrée le ton et n°10 est
l’un des plus difficiles) et le fameux trou n°14, un par
5 de plus de 500 mètres dont le green est protégé
par un double obstacle d’eau et trois bunkers !
C’est aussi – et surtout – un accueil chaleureux
dans le magnifique Club House au toit de chaume,
un environnement naturel exceptionnel à dix
minutes du centre de Liège et un véritable défi
golfique pour les joueurs de tous niveaux.
« Nous comptons environ un millier de membres,
issus en majorité de la région liégeoise. L’ambiance est plutôt familiale avec des compétitions internes
en semaine (Ladies Day, Senior’s Day,... ) et le
week-end (ouvertes exclusivement aux membres).
Par ailleurs nous comptons une grosse centaine de
membres juniors qui ont créé la renommée de notre école des jeunes, l’une des plus performantes du
pays » poursuit Michel Poncelet.
Le record du parcours Pro vient d'être abaissé à 64 par Laurent Richard. Patrick Renard et Christophe Puissant détiennent un 66 comme amateur.
Parmi les habitués des lieux, citons l’entraîneur
de basket-ball Giovanni Bozzi et, surtout, les
frères Jean-Michel et Philippe Saive, auteur d’un« historique » albatros sur le trou n°7 (un par 5 de
444 mètres) lors d’une partie de greensome. De nombreux
amateurs, souvent très jeunes, font l’orgueil du
club. Citons, pêle-mêle, Tamara Luccioli, Pierre
Thomas, Nicolas Borzée, les soeurs
Dony, Maxime Theunis, Pierre Lepage et Laurent
Ryhon. La plupart travaillent leur swing sous l’oeil
avisé du « pro » Manu Janssens. Ce n’est pas un
hasard si les équipes d’Interclubs du Sart-Tilman
sont traditionnellement parmi les plus redoutables
du pays.



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